Restaurant Jadis, Paris 15

« Jadis » parce que c’était mieux avant ? Pas si sûr…il n’y a aucune nostalgie pleurnicheuse dans la cuisine de ce bistrot de quartier au bout de cette longue rue de la Croix Nivert, touchant quasiment la porte de Versailles. C’est vrai que la décoration de cette toute petite salle bruyante est d’un autre temps avec ces suspensions opalines qui donnent le teint blafard et ces quelques affiches encadrées ça et là sur des murs gris. Une chose est certaine, on n’y vient pas pour s’inspirer des dernières tendances du design parisien mais bien pour y manger, et plutôt deux fois qu’une. Quel régal !

La prise de commande se fait désirer et le  gosier se dessèche rapidement car il faut donner de la voix pour se faire entendre ici. Mais la gentillesse du service fait complètement oublier cette petite attente.
Surprise ! On nous propose une entrée qui n’est pas inscrite à la carte. Ce matin, le chef a dû craquer devant les morilles qui lui faisaient de l’oeil au marché…parce qu’ici tout est acheté dans le coin et transformé sur place. Au diable la cuisine d’assemblage ! En tout cas, c’est ce que dit la réclame sur la porte d’entrée. Evidemment, je craque pour la poêlée de morilles à la crème et au Savagnin. Franchement, j’ai bien fait ! Moi qui me disait : « Hum, de la crème, du vin,…tu ne vas pas pouvoir t’avaler en plus un dessert. C’est dommage ! » Et bien pas du tout…c’était d’une légèreté déconcertante ; par conséquent, il  a bien fallu que je sauce toute mon assiette avec du pain, très bon au demeurant. Désolée maman, je sais ça ne se fait pas 😉

 

On enchaine ensuite avec un pigeon rôti, compotée d’oignon doux des Cévennes, champignons de Paris « de Paris » et pomme fruit. Là aussi, on a envie d’y mettre les doigts pour sucer tous les petits os jusqu’au dernier bout de chair. La cuisson est parfaite ; le jus de viande, magnifique et la garniture fait un beau couple avec le volatile.
Deuxième surprise : on nous offre un « trou normand » composé d’un délicieux sorbet à l’alcool de prunes. Très rafraîchissant !
Nous voilà d’attaque pour le dessert. A mon goût, la carte ne propose pas assez de choix. Entre les glaces et le fromage, c’est soit le baba au rhum, soit le soufflé au chocolat. Va pour le soufflé au chocolat accompagné d’un parfait glacé à la vanille : une pure gourmandise légèrement craquante sur les bords et coulante au coeur relevée par l’amertume du cacao. La taille du dessert est ambitieuse mais le parfait joue à merveille son rôle de rafraîchissement et ma foi, j’engloutis tout jusqu’à la dernière cuillère sans crier à l’aide.
Au final, une addition de 150€ par couple, vin compris. Ce n’est pas donné mais l’on tend sa carte bleue de bon coeur car nous nous sommes vraiment régalés.
Guillaume Delage, le jeune chef du restaurant Jadis, rend fièrement hommage à l’adage d’Edouard Nignon, grand cuisinier du siècle dernier  (honte à moi, je viens de l’apprendre) : « Le cuisinier qui connaît bien le passé, le comprend, s’en inspire, et doit être à son tour un créateur ». A bon entendeur, salut !
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2 Responses

  1. Roger Feuilly dit :

    Pourquoi "Jadis" ? Tout simplement en hommage à Antoine Blondin et à son roman (autobiographique) "Monsieur Jadis ou L'Ecole du Soir". Guillaume Delage est également co-propriétaire, avec Sarah Baraudon du restaurant "Aux Verres de Contact", autre enseigne en hommage à Blondin qui indiquait sur ses notes de frais du journal "L'Equipe" (pour le Tour de France) : 3.000 francs, Verres de contact ! Bonne lecture, bon appétit et large soif !

  2. Merci pour votre remarque éclairée et la nouvelle adresse que j'irai certainement tester :)

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